Ozempic, Wegovy, Mounjaro : quels risques pour les yeux ?
Prescrits pour le diabète de type 2 ou la perte de poids, les agonistes du GLP-1 — sémaglutide (Ozempic, Wegovy, Rybelsus) et tirzépatide (Mounjaro) — sont parmi les traitements les plus utilisés de ces dernières années. Depuis 2024, plusieurs études ont soulevé une question légitime : ces médicaments augmentent-ils le risque d'un accident rare mais grave du nerf optique ? Voici ce que disent les données aujourd'hui, sans dramatiser ni minimiser.

La neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique (NOIAA, ou NAION en anglais) est un infarctus du nerf optique : les petits vaisseaux qui l'irriguent se bouchent, la vision d'un œil baisse brutalement et sans douleur. C'est la deuxième cause de neuropathie optique après le glaucome, et il n'existe à ce jour aucun traitement curatif — la perte de vision est le plus souvent définitive. Elle touche surtout des personnes dont le nerf optique est anatomiquement plus étroit, une particularité de naissance repérable lors d'un fond d'œil.
Ce que montrent les études sur le sémaglutide
Une première étude américaine (Hathaway et al., JAMA Ophthalmology, juillet 2024), menée sur environ 700 patients diabétiques et 980 patients en surpoids suivis dans un centre unique, a rapporté un risque de NOIAA plus élevé chez les patients traités par sémaglutide. Une cohorte danoise portant sur plus de 420 000 patients diabétiques a ensuite retrouvé un risque environ doublé sur cinq ans. Sur cette base, l'Agence européenne des médicaments (EMA) a conclu en juin 2025 que la NOIAA est un effet indésirable très rare du sémaglutide : au maximum 1 patient traité sur 10 000 serait concerné. L'information a été ajoutée aux notices d'Ozempic, de Rybelsus et de Wegovy.
En mai 2026, un consensus conjoint de la société nord-américaine de neuro-ophtalmologie (NANOS) et de l'Académie américaine d'ophtalmologie a confirmé ce signal tout en rappelant ses limites : les études disponibles sont pour la plupart rétrospectives, le lien de causalité n'est pas formellement établi, et le risque reste faible en valeur absolue. Le consensus est clair sur un point : il n'y a pas lieu d'arrêter un traitement en cours par simple précaution.
Et le tirzépatide (Mounjaro) ?
Les données sont plus récentes et moins abondantes que pour le sémaglutide, mais elles vont dans le même sens : depuis 2025, plusieurs publications et cas rapportés évoquent un signal similaire avec le tirzépatide. Le recul reste insuffisant pour conclure avec certitude, et les autorités sanitaires continuent de surveiller ces données. Dans l'attente, la même vigilance s'applique qu'avec le sémaglutide.
Diabète : la rétine peut aussi réagir en début de traitement
Un autre phénomène, distinct de la NOIAA, est connu depuis l'étude SUSTAIN-6 : chez les patients diabétiques, une baisse rapide et importante de l'hémoglobine glyquée dans les premières semaines de traitement peut s'accompagner d'une aggravation transitoire de la rétinopathie diabétique — surtout lorsque la rétine était déjà atteinte avant le traitement. Ce phénomène n'est pas propre à un médicament en particulier : il est lié à la rapidité de l'amélioration du sucre. Il se stabilise généralement après 12 à 18 mois et ne remet pas en cause l'intérêt du traitement, mais justifie une surveillance plus rapprochée au début chez les patients concernés.
En pratique, ce que cela change
Avant de débuter un traitement par GLP-1, un fond d'œil permet d'évaluer l'état de la rétine et l'aspect du nerf optique. Chez les patients diabétiques ayant déjà une atteinte rétinienne, un contrôle plus rapproché est recommandé pendant la première année. À tout moment du traitement, une baisse de vision brutale et indolore d'un œil doit conduire à consulter un ophtalmologue en urgence, le jour même si possible.